Pédagogie et Neurosciences

L’erreur, un levier d’apprentissage

Comprendre les différents types d’erreurs pour mieux accompagner les élèves et transformer chaque « oups » en opportunité de progrès.

« Errare humanum est » : se tromper est humain. Pourtant, dans notre système scolaire, l’erreur reste souvent perçue comme une faute à sanctionner plutôt qu’un indicateur précieux du processus d’apprentissage.

Depuis les travaux fondateurs de Jean-Pierre Astolfi jusqu’aux recherches récentes en neurosciences, un consensus émerge : l’erreur n’est pas l’ennemie de l’apprentissage, mais l’un de ses moteurs essentiels.

Ce que dit la recherche

Jean-Pierre Astolfi, dans son ouvrage de référence L’erreur, un outil pour enseigner (1997), a posé les bases d’une nouvelle vision : les erreurs ne sont pas des fautes condamnables mais des « symptômes intéressants d’obstacles auxquels la pensée des élèves est affrontée ».

« L’erreur n’est pas une impasse, elle est un tremplin. Règle d’or pour l’enseignement comme pour tous les apprentissages. »

Jean-Pierre Astolfi

Cette approche a été enrichie par de nombreux chercheurs :

  • Daniel Favre (neurosciences de l’éducation) montre que la peur de l’erreur active les circuits de stress et bloque l’apprentissage. Son ouvrage Cessons de démotiver les élèves propose des clés concrètes.
  • Olivier Houdé (psychologie du développement) a mis en évidence le rôle de l’inhibition : apprendre, c’est souvent désapprendre une réponse automatique erronée.
  • Carol Dweck (Stanford) distingue « état d’esprit fixe » et « état d’esprit de développement » : les élèves qui voient l’erreur comme une opportunité progressent davantage.
  • Manu Kapur (Singapour) a démontré l’efficacité du « productive failure » : laisser les élèves se tromper avant d’enseigner améliore la compréhension profonde.

Côté neurosciences : Stanislas Dehaene a intégré le « retour sur erreur » comme l’un des 4 piliers de l’apprentissage. Le cerveau fonctionne par prédiction : l’erreur génère un signal de surprise qui déclenche l’ajustement des modèles mentaux.

Prédiction
Comparaison
Signal d’erreur
Ajustement

À retenir : L’erreur n’est pas un échec, c’est une information précieuse. Comme le résume Daniel Favre : « Il faut distinguer l’erreur (étape normale) de la faute (manquement moral). »

Comprendre l’origine des erreurs

Jean-Pierre Astolfi, dans son ouvrage de référence L’erreur, un outil pour enseigner (1997), propose une typologie des erreurs selon leur origine. Comprendre d’où vient l’erreur permet de choisir la réponse pédagogique adaptée.

Plus récemment, les travaux de Pierre-Paul Gagné (psychologue cognitif québécois) sur les fonctions exécutives ont enrichi cette approche en identifiant les mécanismes cognitifs en jeu.

  • Erreurs liées à la compréhension des consignes : le vocabulaire ou les attentes ne sont pas clairs
  • Erreurs liées aux représentations : les conceptions préalables de l’élève interfèrent
  • Erreurs liées à la surcharge cognitive : trop d’informations à traiter simultanément
  • Erreurs liées aux opérations intellectuelles : certaines capacités ne sont pas encore matures
  • Erreurs liées aux démarches : la stratégie choisie n’est pas la plus efficace
  • Erreurs liées au contrat didactique : l’élève interprète mal les règles implicites

En pratique : Avant de corriger une erreur, posez-vous la question : d’où vient-elle ? La réponse guidera votre intervention.

Typologie des erreurs et stratégies de remédiation

Un schéma pour identifier rapidement le type d’erreur et adapter votre accompagnement.

ANALYSER L’ERREUR

Tes erreurs sont la preuve que tu essaies
1

La tête ailleurs

Tu as oublié une partie de la consigne, tu n’as pas relu ou vérifié.

Remédiation Relire la consigne. Checklist. Prendre son temps.

2

L’incompréhension

Tu n’as pas compris la consigne ou ce qu’on attendait.

Remédiation Reformuler. Chercher un exemple. Poser des questions.

3

Panique à bord

Le stress t’a bloqué et tu n’as pas eu accès à tes connaissances.

Remédiation Respirer. Se rappeler ce qu’on sait. Commencer par le facile.

4

Toujours plus vite

Tu as voulu aller trop vite sans terminer ou vérifier.

Remédiation Finir avant de rendre. Relire. Qualité avant vitesse.

5

Le mauvais choix

Tu n’as pas choisi la bonne méthode pour répondre.

Remédiation Explorer d’autres approches. Demander de l’aide.

Mettre en pratique en classe

Des pistes concrètes pour transformer la gestion de l’erreur dans votre quotidien pédagogique.

Instaurer un climat de confiance

Le stress inhibe l’apprentissage. Dédramatisez l’erreur par votre posture et vos paroles. « C’est normal de se tromper, c’est comme ça qu’on apprend. »

Donner un feedback immédiat

Plus le retour arrive vite après l’erreur, plus il est efficace. Privilégiez les corrections en direct plutôt que les évaluations différées.

Analyser avant de corriger

Demandez à l’élève d’expliquer son raisonnement. « Comment as-tu fait ? » permet de comprendre l’origine de l’erreur.

Valoriser les « bonnes erreurs »

Certaines erreurs révèlent un raisonnement logique. Une erreur originale montre que l’élève réfléchit et prend des risques.

Utiliser l’erreur collective

Discutez d’une erreur anonymisée avec la classe. « Quelqu’un a écrit ceci. Qu’en pensez-vous ? » développe l’esprit critique.

Outiller la métacognition

Apprenez aux élèves à identifier leurs types d’erreurs récurrents. La prise de conscience est le premier pas vers l’amélioration.

La posture de l’enseignant face à l’erreur

Jean-Pierre Astolfi distingue trois modèles pédagogiques qui impliquent des rapports différents à l’erreur :

  • Modèle transmissif : l’erreur est une faute à éviter, résultat d’un manque de travail ou d’attention
  • Modèle béhavioriste : l’erreur est un dysfonctionnement à corriger par un renforcement approprié
  • Modèle constructiviste : l’erreur est un indicateur de processus, un témoin des représentations de l’élève

À privilégier : Dans une approche constructiviste, l’erreur devient un outil d’enseignement. Elle révèle où en est l’élève dans sa construction du savoir et oriente l’intervention pédagogique.

Carol Dweck a montré que les élèves ayant un « état d’esprit de développement » (growth mindset) voient l’erreur comme une opportunité d’apprendre, tandis que ceux ayant un « état d’esprit fixe » l’interprètent comme la preuve de leur incompétence.

Le regard que porte l’enseignant influence directement cette perception. Un élève qui a peur de se tromper n’ose plus essayer, ce qui bloque l’apprentissage.

« Les erreurs ne doivent pas être synonymes d’échecs, mais curseurs de réussite. L’erreur doit servir de base pour permettre à chaque élève de mesurer le chemin parcouru. »

Éduscol, Climat scolaire et estime de soi

Sources et références